La formation du citoyen Fascisme et anarchisme
oct 25

Vous connaissez sans doute ce que Victor Hugo fait dire à Jean Valjean dans « Les Misérables » : « Une école qu’on ouvre, c’est une prison qu’on ferme ». Eh bien, en dépit de nos nombreuses écoles, nos prisons débordent, preuve qu’il ne suffit pas de lire, chez Corneille :« Je suis maître de moi comme de l’univers », pour accéder à la maîtrise de soi ! Ce serait trop beau ! C’est que Victor Hugo confondait « prof » et « moniteur ». Et dans le domaine qui nous occupera aujourd’hui, vous comprenez toute l’importance de ce monitorat dans le domaine, non plus de la formation du citoyen (plan de la rationalité sociale), mais dans le domaine de ce que l’on appelle la morale, c’est-à-dire de la maîtrise de soi fondatrice de la liberté.

Il  est certain que c’est une grande difficulté, pour l’éducateur, que d’avoir à faire respecter les règles, tout en laissant à l’enfant un espace suffisant pour l’apprentissage de sa liberté. Tâche très ardue, en vérité, mais qui s’en soucie dans notre système éducatif ? Personne. Il n’existe pas, dans notre société républicaine qui brame à tout vent « Liberté ! Liberté ! », d’école de la liberté. Il serait peut-être grand temps de saisir le problème à bras-le-corps, d’autant que nous vivons dans une société où le laxisme est sensible à tous les niveaux. On ne peut, en conséquence séparer le problème de l’autorité au niveau de l’école du problème de l’autorité au niveau de la famille (je laisse de côté, ici le du problème de l’autorité au niveau du gouvernement : nous l’examinerons la prochaine fois)).

La famille, au fond, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, qu’elle soit ancien modèle ou nouveau modèle, quelle que soit la manière dont elle est définie dans telle ou telle société, est véritablement  le lieu privilégié de l’exercice de l’autorité. Eh bien ! Dans notre société, la crise de l’autorité va de pair avec la destruction de la famille. Voyez les antagonismes de l’homme et de la femme, les divorces, le concubinage, des familles monoparentales, etc. Mais le gosse ne peut accéder à la liberté que dans un cadre qui le contraint (le meilleur éducateur est celui qui contraint le petit à s’opposer à lui-même). Or, actuellement, le cadre ne contraint plus. Combien de familles sont permissives ? Autrefois, à tort ou à raison, peu importe, on recevait une calotte dès qu’on disait « J’ai envie de… » (Maintenant c’est bien terminé !).  C’est dire qu’il y avait un cadre ; aujourd’hui, ce cadre n’existe plus. Or, vous rendez bien compte que cette destruction de la famille, a des conséquences épouvantables : il n’y a plus de distinction des rôles. Autrement dit, s’il n’y a plus cette organisation sociale que suppose, par exemple le principe (sociologique) de l’inceste, il n’y a plus que des mâles et des femelles ! On met les pédophiles en taule, mais ce qu’il faudrait mettre en taule, c’est une société qui rend possible l’existence de la pédophilie. Il n’y a plus de frontières, il n’y a plus de limites, il n’y a plus de règles du jeu. Voilà où nous en sommes. Il ne s’agit pas de dire : « Dans le temps, c’était mieux ! » Pensez donc ! Mais il y avait des règles. N’importe quelles règles, d’une certaine manière, valent mieux que l’absence totale de règles.

En réalité, ce qui est grave, ce n’est pas la « délinquance des jeunes », c’est la délinquance parentale. Si ce qui a craqué ce sont les règles, si ce qui a craqué, c’est non seulement le social, c’est-à-dire les lois qui président à l’organisation du groupe, mais encore les règles de la morale, tout s’effondre, et si tout s’effondre, c’est parce que les adultes ont tout raté, quelles que soient leurs motivations. Souvent ils ne veulent pas faire souffrir leurs petits, ils ne veulent pas les empêcher d’être « heureux » comme les autres. Sans me joindre au chœur des laudatores temporis acti, autrement dit des « réacs », je peux vous assurer que lorsque j’étais enfant, nous étions tous sur le même pied : personne ne pouvait dire si ses parents avaient de l’argent ou pas, si bien qu’entre les gamins, il n’y avait pas de jalousie. Nous ne savions même pas ce qu’était la galette : nous nous en moquions complètement. Autrement dit on ne se comparaît pas les uns aux autres de cette manière là. Et puis nous n’avions aucune exigence : nous attendions les échéances. A Noël, quand on voit actuellement les gens, croyants ou pas croyants, qui se ruinent en cadeaux pour leurs enfants ! Or la gâterie des enfants, voilà qui a tout détruit. Et de qui est-ce venu ? Des adultes qui avaient, par enfants interposés, honte de voir que leur enfant n’était pas au « niveau socio-économique » de l’enfant de l’autre. A ce moment-là, c’est bien l’adulte fragilisé qui fait l’adolescent délinquant. Je ne veux pas dire du tout qu’il n’y a pas de « canailles » dans la jeunesse. Mais si véritablement notre âge a la responsabilité de fabriquer cette jeunesse, eh bien, nous avons non seulement l’école que nous méritons, mais encore la jeunesse que nous méritons (nous nous la sommes fabriquée), si bien que, le plus souvent, ce ne sont pas « les jeunes » qui sont vicieux, c’est nous qui ne sommes bons à rien. Nous avons été, non pas trop tolérants, mais nous avons voulu être aimés de nos enfants. Mais soyez certains qu’ils ne nous aiment pas davantage ! Ils nous aimeraient peut-être, même mieux, si nous les avions rendus capables de se dominer eux-mêmes.

Dans ces conditions, ce qu’il faudrait généraliser, c’est l’Ecole des parents, mais qui soit une Ecole de l’autorité (à ce compte, il faudrait beaucoup plus une véritable Ecole des parents qu’une école des enfants). Il faut que les parents apprennent à contraindre leurs enfants, par le jeu du licite et de l’illicite, à développer en eux leur capacité d’autocensure. Autrement dit il ne s’agit pas de faire suivre à son enfant des cours de morale, mais il s’agit de le contraindre à s’éduquer moralement. Comment ? En lui donnant le sens de l’interdit : il y a des comportements inacceptables (peu importe lesquels). Or aujourd’hui, n’importe quel gosse a l’impression, du moment que c’est licite, c’est légitime. Mais vous savez bien qu’il y a des méfaits que la loi ne condamne pas et qui ne sont absolument pas légitimes du point de vue du contrôle de soi. Tant que l’on n’aura pas intégré cette vérité dans l’éducation des enfants, on ne fera pas de l’homme. A l’enfant, on apprendra peut-être à parler d’une manière (plus ou moins) distinguée, à travailler (peut-être) comme un chef, mais - bon sang de bonsoir ! - il faut être capable de se travailler soi-même et de se tenir en mains, tout simplement parce qu’être homme, c’est d’abord être libre à l’égard de soi-même. Autrement dit dans l’institution et la formation quelles qu’elles soient, ce qui serait le plus important, ce n’est pas telle ou telle matière, c’est la discipline. L’enfant peut bien tout ignorer du reste, ce qu’il faut lui faire acquérir, pour pouvoir devenir un homme libre, c’est la discipline, qu’elle soit fondée ou pas. Qu’on lui dise « Lèche le plafond, même si tu ne peux pas ! » ou n’importe quoi, il s’agit, à ce moment là de le contraindre à une discipline dont il sente la gratuité (la même gratuité qui caractérise l’exploit sportif). Dès qu’il sera adulte, il en rira avec vous et, s’il n’est pas complètement stupide, il vous sera reconnaissant d’avoir voulu le contraindre, mais comme un kinésithérapeute vous contraint, pour votre bien, à faire des mouvements complètement idiots. Voilà quelle devrait être la préoccupation numéro un des parents.

Il faut donc réinventer la morale, et d’autant plus que les problèmes auxquels nous sommes confrontés et auxquels personne ne sait répondre, ce ne sont plus des problèmes économiques ni politiques, ce sont, comme on dit des « problèmes de société » - problèmes qui  sont, la plupart du temps, ceux d’une nouvelle morale : la drogue, l’eugénisme, l’euthanasie, le clonage, l’environnement, etc. Qu’est-ce, à ce titre, que l’écologie,  sinon le déplacement au plan sociologique - ou scientifique - de problèmes moraux ? On va jusqu’à parler du « droit des animaux », ce qui est, pour le moins, une expression complètement farfelue, car rien n’indique, jusqu’à preuve du contraire, que l’animal puisse devenir « sujet de droit » (ou alors, comme le disait déjà Tocqueville, il conviendrait de lui accorder aussi le droit de vote !). Or, il va falloir tout de même prendre en compte ces formulations ridicules, car elles sont le signe que, dans une période comme la nôtre où on l’a complètement occultée, la morale réapparaît sous la forme d’un « retour de refoulé ». Nous n’y couperons pas : ou bien nous réinventerons la morale, ou bien le pouvoir retournera aux mains des curés, comme nous voyons déjà dans certains pays comme l’Iran, l’Afghanistan, etc.

Cela dit, il ne s’agit pas de revenir à l’autoritarisme d’antan : l’éducation à la liberté, est impossible si l’on confond la vertu avec l’ordre et la discipline. On parlait hier de la « vertu de l’ordre », et de la « vertu de la discipline ». Dans ces conditions, moralement, que faisait-on ? Eh bien ! Les éducateurs avaient tendance à pratiquer le dressage, tout simplement parce qu’ils voulaient la paix : ils ne cherchaient pas à former chez l’autre la capacité de se contrôler soi-même, de se dominer, mais ils se faisaient ses  dominateurs et ils le dressaient. La stabilité paraissait alors comme le fin du fin de la moralité : dans la mesure où l’ordre était réalisé, les enfants étaient « sages » - « sages comme des images » ! -, c’est-à-dire qu’ils ne venaient plus enfreindre la discipline.

C’est plus grave que tout, dans la mesure où, dans ces conditions, ce que l’on tue alors, c’est l’initiative. Pensez à la discipline militaire du : « Je ne veux pas le savoir ! ». A la limite, vous arriverez à former des « SS », les mêmes que ceux-là qui, accusés à Nüremberg, plaidaient pour leur défense : « Nous avons obéi aux ordres ! ». Mais il n’y a pas que l’ordre militaire qui est concerné : ce peut être l’ordre religieux ou, bien entendu, l’ordre scolaire. Or, s’il n’y a pas d’éducation de l’initiative, autrement dit de la liberté, comment voulez-vous fabriquer de l’homme ? Vous fabriquerez peut-être des gens ordonnés, mais stupides (« bêtes et disciplinés »).

Vous voyez que l’autoritarisme d’hier ne vaut pas mieux que le laxisme d’aujourd’hui. En passant de l’un à l’autre, nous avons seulement changér de pathologies, nous sommes passés des névroses, à quoi ?

J’ai évoqué, tout à l’heure la pédophilie, mais, en réalité, il n’y a aucune différence entre un voyou qui donne un coup de couteau à son prof, un pédophile et un banquier. Qu’ont-il en commun ? D’être des gens à la fois amoraux et irresponsables. Comment, dans ces conditions peut-on les juger ? Les juges sont constamment en présence de crimes que le Droit n’a pas prévus, si bien qu’ils ne savent plus quoi faire. Hôpital ou prison ? Certains disent : « Prison ! ». Mais à quoi bon, puisque ces gens ne sont pas amendables, n’étant pas accessibles à la sanction (car pour être accessible à la sanction, il faut avoir le sens de la faute, ce que leur interdit leur amoralité). « Hôpital ! », disent d’autres. D’accord, mais alors de quoi souffrent ces gens-là ? Les experts psychiatres, auprès des tribunaux, racontent  n’importe quoi, tout simplement parce qu’ils ne savent rien de ce que l’on appelle l’amoralité.

En fait, l’amoralité résulte, soit d’une éducation à la liberté complètement ratée, soit d’une détérioration (sans doute génétiquement programmée) de la pulsion, soit, encore, cette amoralité résulte purement et simplement d’une carence (peut-être, elle aussi, génétiquement programmée) de l’acculturation de la pulsion. Mais, dans les trois cas, cette amoralité est assez difficile à déceler. Prenez n’importe quel banquier : il y a toutes les chances qu’il ne présentera aucune particularité chromosomique, ne souffrira d’aucun trouble des humeurs, que son inconscient ne connaît pas de tourment particulier. Il a, généralement, pour seul défaut d’être d’une effroyable normalité. Bien sûr ! On observe très souvent qu’un malade, dans sa réalité clinique présente non pas son trouble, mais la compensation de ce trouble, autrement dit l’autodéfense de son trouble. Transposez dans une médecine plus imaginable : supposez que vous ayez un trouble organique, quel qu’il soit. Eh bien, votre tension monte, ou bien votre température monte, etc. Or, pour beaucoup de gens, c’est une maladie d’ « avoir de la température » ou d’ « avoir de la tension », comme ils disent, c’est-à-dire d’avoir une hyperthermie ou une hypertension. Mais, la plupart du temps, pour une personne qui a une mauvaise circulation sanguine, une tension élevée est un moyen pour l’organisme de se défendre et de faire circuler le sang quand même. Il ne faut pas prendre pour maladie ce qui n’est jamais que défense normale. Eh bien, en ce qui concerne les phénomènes dits « mentaux », c’est exactement pareil. Chez le malade dit « mental », il y a tout un ensemble de compensations du trouble, c’est-à-dire des phénomènes qui sont normaux dans son cas. Il est, bel et bien, normal, mais « hyper-normal »,  monstrueusement normal, si l’on peut dire. Dans le cas de notre banquier, comme dans celui de tous les êtres amoraux, cette compensation se traduit par une hyper-sociabilité. Alors, est-ce que notre banquier est pathologique ? Non, et cependant il n’est pas normal.

Mais s’il n’est pas pathologique, qu’irait-il faire dans un hôpital ? Vous voyez les problèmes que ces non-responsables et non-coupables peuvent poser à la Justice ! Il ne s’agit pas pour nous, bien évidemment de trancher le dilemme « Hôpital ou prison ? ». Il s’agit simplement de montrer que ce qui est donné à voir, dans l’amoralité, n’est pas ce qu’on peut observer. Ce qui est donné dans l’amoralité, très fréquemment, c’est la compensation typique du cas, parce qu’elle est descriptible, plutôt que la réalité pathologique du même cas. Dans le « cas » de notre banquier, il est vrai qu’il n’est pas immoral, dans la mesure où il n’est affecté d’aucune névrose et d’aucune psychopathie. Vous pouvez conclure qu’il est parfaitement amoral. Vous voyez qu’il ne faut pas confondre, l’amoralité et l’immoralité. Mais il y a peut-être un symptôme qui permet de distinguer l’être immoral de la personne amorale. L’amoral, lui, n’éprouve aucune souffrance (à la différence de l’être immoral). Soyez certains qu’un pédophile n’a aucun état d’âme ! Un SS non plus. Mais s’il y a manifestation de souffrance, cette souffrance est-elle simulée ou non ? Autrement dit, a-t-on affaire, en même temps à un pervers ? J’arrête ici. Le questionnement pourrait être (presque) infini, dans la mesure où, comme vous le voyez, le « malade » dans sa réalité clinique, est infiniment plus compliqué que la maladie. La maladie est bigrement plus simple que le malade, parce que le malade est un complexe avec toutes les réactions que sa pathologie provoque. Mais vous comprenez que la fameuse parole : « Il n’y pas de maladie, il n’y a que des malades », c’est vrai dans un sens, c’est faux dans l’autre. Tout dépend de ce que l’on cherche : avez-vous des préoccupations thérapeutiques, ou bien nosographiques ? Pour un thérapeute, le malade est un complexe : ce malade peut avoir une grippe, une psychose et un cor au pied. Mais si vous faite de la nosographie, vous distinguerez les choses. En réalité, privilégier le malade par rapport à la maladie, ou la maladie par rapport au malade est une erreur, parce que les deux sont nécessaires. Seulement on ne s’intéresse pas obligatoirement à la même chose en même temps.

Reste que, dans le cas de l’amoralité, il y a  tout un fouillis de processus qu’il convient de débrouiller. Ce n’est pas demain la veille qu’on parviendra à le faire. Pourquoi ? Parce que de ces pathologies de la « volonté », au fond, tout le monde s’en moque. Encore faut-il comprendre pourquoi, car jamais on ne se moque de quelque chose sans motivation. Si on s’en moque, c’est en raison des pressions d’un système de pensée dominant qui, généralement, occulte tel ou tel type de réalité, tout simplement parce qu’il « dérange » : prenez l’affaire d’Outreau, par exemple. Il est tout à fait significatif qu’à son propos on n’ait parlé que des dysfonctionnements de la Justice, en occultant totalement que cette « affaire » résultait tout bonnement de la projection sur certains enfants de la mythomanie d’une « bonne » mère de famille. Je ne défends pas le juge d’instruction concerné, mais enfin, où est la vraie coupable ? Et vous trouverez d’autre cas de cette relation éducative malade, sans aller chercher bien loin : il vous suffit d’allumer votre poste de télévision !

Eh bien, s’agissant de l’amoralité, sa prise en compte « dérange » doublement. D’une part, parce que notre système a créé des  pseudosciences qui ont servi d’alibi à l’impuissance des psychiatres à poser les pathologies de la « volonté » : je veux parler ici de la caractérologie ou de la criminologie. Mais il  y a une seconde raison, beaucoup plus importante qui tient au fait que la société, par le biais de la cellule familiale, donc par le biais de l’éducation, joue, dans ces troubles, un rôle épouvantablement pathogène. Ce n’est pas que la famille soit la cause des troubles, mais il n’empêche que la famille est un milieu qui peut les favoriser plus que d’autres.

Et je conclurai en vous disant que la crise de la famille, celle de l’école, celle de la société, n’est qu’une seule et même crise : une crise de l’exercice de l’autorité (l’art de gouverner), cette autorité ne pouvant être fondée que sur le plan moral. De même, en effet, qu’il ne faut pas confondre la liberté, qui relève de la morale avec son exercice (l’autonomie) la crise de l’autorité est le versant moral d’un problème qui est aussi sociologique : sociologiquement, il s’agit d’une formidable crise de la paternité crise dont je vous ai parlé il y a quelques années. par ailleurs. Comme je vous le dis souvent : tout se tient !

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écrit par admin

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