20. L’oeuf dur et le sablier

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Comme d’habitude, je vais être franc : je n’ai pas su retrouver cette formule dans le «Vouloir dire» de Jean Gagnepain, que je croyais, pourtant connaître par cœur. Je suis un peu vexé, et un peu attristé : ma mémoire commence à flancher. Mes forces aussi : je dois reconnaître que la (re)lecture de l’œuvre de Jean Gagnepain me fatigue un peu. Place aux jeunes (mais où sont-ils donc ?).

Ce que je voudrais bien vous faire comprendre, c’est que la pensée de Jean Gagnepain nous est un peu difficile à comprendre, parce que, en réalité, ce qu’il faut saisir dans tous les phénomènes de culture, c’est la dialectique. J’emploie ce mot plutôt que celui de «structure», parce qu’un très mauvais numéro de la revue «Le Débat» (Gallimard) a consacré, il y a quelques années un «dossier» à Jean Gagnepain, dossier qui le présente quasiment comme un «structuraliste» attardé ! (J’ai, d’ailleurs, déjà évoqué devant vous cet exécrable numéro).

Donc, dialectique. Précisons les choses, puisqu’un certain philosophe (?), du nom de Philippe de Lara a pu écrire : «Il me semble qu’avec ces formules dialectiques, tissées à partir d’un marxisme vague et de la théorie lacanienne de la vérité, la médiation perd une partie de sa rigueur et de sa force opératoire. La dialectique est-elle plus qu’une superbe image, une manière de figurer la complexité de la rationalité humaine, mais non une théorie douée de sens ? En dépit du prix que lui attache Gagnepain, l’inflation du langage dialectique à partir d’un certain étage de la médiation me semble l’indice d’une difficulté plutôt que sa solution» (Philippe de Lara, Du langage à l’anthropologie générale, dans la revue «Le Débat», numéro 140, mai-août 2006, p.150). Ce monsieur, bien entendu, n’a pas lu une ligne de Jean Gagnepain, ni non plus mon «Introduction…».

Avant d’aller plus loin, un mot sur cet ouvrage que j’ai rédigé entièrement sous la conduite très étroite du Maître : une correspondance manuscrite atteste de cette collaboration (passionnante). Je ne voulais pas signer ce livre, estimant que le seul nom de Jean Gagnepain devait figurer à titre d’auteur. Il a refusé avec la dernière énergie, comme il m’a refusé d’être co-signataire. Selon lui, un disciple, à la différence n’est pas un «nègre» : « Au sens où l’entendait jadis l’Académie, un disciple, en effet, n’est pas un «nègre»…» (Courrier adressé à moi-même le 19 novembre 1998). Voilà qui mettra définitivement fin, je l’espère, à des rumeurs plus ou moins calomnieuses que la jalousie, bien entendu, inspire à certains médiocres personnages.

Cela dit, je signale que dans le glossaire figurant à la fin de «notre» ouvrage, et qui a été soigneusement revu par Jean Gagnepain, je distingue deux sens :

1) Processus implicite qui consiste, pour l’homme, dans un premier temps, à nier ce qu’il a en commun avec l’animal pour accéder à un principe formel abstrait, puis, dans un deuxième temps, à nier cette négativité pour réinvestir ce principe formel dans son animalité.

2) Opposition binaire dans laquelle aucun des deux termes ne peut être séparé de l’autre.

N.B. : S’agissant du sens 1, on notera, d’une part, que le processus dialectique par lequel l’homme acculture sa nature implique l’existence de trois pôles (ou «moments»), et deux phases, exactement comme, entre trois poteaux, il n’y a que deux intervalles (les trois pôles sont : le pôle naturel, le pôle formel et le pôle du réinvestissement dans le naturel du pôle formel; les deux phases sont : celle de l’accès à de l’abstraction (au pôle formel) et celle du réinvestissement de cette abstraction dans le naturel (phase du réinvestissement). On notera, d’autre part, que, malgré leur emploi incontournable, il convient de n’accorder aux mots «premier», «puis» et «deuxième» employés dans cette définition, aucun sens chronologique : il faut concevoir que, dialectiquement, il y a simultanéité des deux phases».

Voilà qui aurait permis à Monsieur de Lara d’éclairer sa lanterne. Maintenant, pourquoi, de ma part, tant de précisions ? Pour éviter l’équivoque du mot «processus» par lequel débute ma définition. Que Monsieur Lara ouvre le premier dictionnaire philosophique venu, et il verra que le mot «processus » est défini presque constamment comme «mode de fonctionnement» (modèle) et «organisation dans le temps» (chronologie), ce que ne fait jamais Jean Gagnepain ! Ce n’est pas Jean Gagnepain qui est intellectuellement malhonnête ! Simplement Jean Gagnepain ne précise pas, à chaque fois qu’il emploie le mot de «dialectique» : «Là j’emploie le mot au sens de la dialectique de la nature et de la culture» ou «Là j’emploie le mot de dialectique au sens de relation bipolaire». C’est-à-dire que la lecture de l’oeuvre de Jean Gagnepain réclame, au moins, le bagage intellectuel d’un élève de classe Terminale !

Illustrons ces deux sens du terme «dialectique» dans l’œuvre de Jean Gagnepain… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre.

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