- Jean-Luc LAMOTTE, anthropologue et essayiste - http://www.theorie-mediation.net -

10. Les signes du temps

Posted By admin On 11 août 2009 @ 19 h 42 min In Non classé | No Comments


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Une culture qui n’aide pas à comprendre son époque est une culture totalement vaine. Autrement dit, nous avons besoin, aujourd’hui, d’une culture qui nous permette de formuler de nouvelles problématiques afin d’entrer dans un monde auquel nous confronte la mutation que nous sommes en train de vivre, et, quand je dis « mutation », je devrais dire en réalité, la nouvelle Renaissance. Car nous ne dégringolons pas, bien au contraire, mais nous entrons dans un autre univers, et le succès ira à ceux qui auront su discerner les signes du temps plutôt qu’aux nostalgiques (de moins en moins nombreux, il est vrai) qui ne cessent de pleurer sur le passé. Et c’est là tout l’enjeu de l’anthropologie. Nous n’avons plus besoin d’une sorte de vision plus ou moins transcendantale de l’Homme (l’humanisme), mais d’une compréhension scientifique de la manière dont l’homme, anthropologiquement, fonctionne.

Il s’agit donc d’être en état de poser, sur notre époque, un diagnostic, même si cela déplaît à certains. Car je sais bien que je déplais, tout simplement parce que je grossis les choses. Ce n’est pas du tout pour blesser, mais pour durcir les contours, afin de vous faire comprendre exactement ce qu’est la rigueur d’une pensée qui se veut scientifique. Nos intellos ont tous du génie, c’est une affaire entendue. Ma différence avec eux, c’est que je n’en ai pas, et c’est pourquoi il me faut de la rigueur. Et puis le temps passe (voilà dix ans que j’ai eu l’immodestie de  publier mon « Introduction à la théorie de la médiation »), et l’urgence des problèmes est de plus en plus pressante. Personne ne me dira le contraire. Voilà pourquoi je tirerai systématiquement, cette année encore, les conséquences de la théorie élaborée par Jean Gagnepain, et je les tirerai plus « mordicus » que jamais, et sans faire attention à ceux que cela pourrait gêner ou vexer.

Il s’agira, en rompant plus que jamais avec l’érudition, de traiter de l’actualité. « Ce sera l’équivalent de la presse », me direz-vous. Non. Si notre enseignement est foutu, le renseignement est quasi nul, pour la bonne raison que les enseignants comme les journalistes (en particulier les observateurs politiques) manquent complètement d’un modèle qui leur permettrait d’interpréter ce que de Gaulle appelait les « péripéties » de l’Histoire. Or, si nous voulons que ces péripéties prennent sens (et, encore une fois, qu’est-ce que c’est qu’une science qui n’essaye pas de donner sens aux choses de la vie ?), il nous faut un modèle (au sens quasi mathématique du terme), et c’est ce modèle qu’est la Théorie de la Médiation que j’appliquerai systématiquement. Il s’agit, au fond, d’un enseignement d’un type nouveau, qui ne sera pas du journalisme dans la mesure où il sera construit et que, à chaque fois, il se référera aux principes qui l’expliquent. Autrement dit, mon propos sera, bel et bien, de formuler, non pas toujours des solutions, mais tout au moins des problématiques plus correctes, qui donnent l’espoir de trouver des solutions un jour. Regardez, par exemple, la crise du Parti socialiste. On dit : « Ils n’ont pas de projet ». Effectivement, car pour avoir un projet, il faut un modèle de l’homme qui soit viable.

D’autre part, si l’on veut dire quelque chose, sinon de précis ou de définitif, du moins qui aille dans le « sens de l’Histoire », comme on dit, on doit exclure toute référence à une quelconque opinion. Si je vous demandais « Quelle est votre opinion sur le phosphore ? », vous n’en aurez pas. Sur l’eau, peut-être ; vous pouvez dire « Moi, j’aime mieux le soleil que la pluie ». Mais il n’empêche que l’eau, en elle-même, reste H20, et, sur ce point, il n’y a pas de doctrines, pas de conflits de théories. Au plus haut niveau de la physique, bien sûr, il y en a : trois ou quatre ! Mais cela s’arrête là. Et de même, physiologiquement, la varicelle, c’est la varicelle. Il n’y a pas à avoir d’états d’âme sur le sujet, c’est-à-dire de réactions à la chose. Eh bien, si nous n’avons pas à avoir d’opinion sur la varicelle ou le phosphore, pourquoi voulez-vous qu’on en ait systématiquement sur l’homme ? Et quand on parle de politique, c’est toujours une affaire d’opinions, opinions fondées sur des sondages. Les sondages, certes, ne sont pas bêtes, mais on peut faire un sondage sur strictement n’importe quoi. On vous dit « Pensez-vous que l’amour fait le bonheur ? ». Mais qu’est-ce que l’amour ? Et qu’est-ce que le bonheur !? Si on veut faire véritablement la Science de l’homme, il faut en prendre son parti : il convient de renoncer d’avance à l’opinion (même s’il est, parfois, très difficile de n’en pas avoir).

Voilà pourquoi il est inutile de vous poser, à mon sujet, la question : « Quelles sont ses opinions ? ». Dans ma vie, j’ai eu droit à toutes les étiquettes : fasciste, libertaire, maoïste, « de droite », « de gauche », etc. Rien de tout cela ! Et c’est pourquoi je peux, par exemple, vous parler librement de la « crise » actuelle du P.S. Ce n’est pas du tout la crise du P.S., mais une crise générale des partis. Avant, c’était commode : il y avait « la droite » et « la gauche », et c’est cet antagonisme qui les faisait « tenir » ensemble. Maintenant qu’il n’y a plus de droite, comment voulez-vous qu’il y ait une gauche ? Et réciproquement, comme il n’y a plus de gauche, il n’y a plus de droite ! « Comment, me direz-vous, et l’U.M.P ? ». Elle n’est pas plus à droite que les autres sont à gauche. Tout cela c’est fini. Si l’un des deux pôles de l’antagonisme disparaît, l’autre disparaît du même coup. Mais c’est constant ! Qu’est-ce qui faisait « tenir », à l’Ouest, le « capitalisme libéral », sinon, à l’Est, le « capitalisme d’Etat » ? Or, pensez à la chute du mur de Berlin. J’ai vécu cela. Personne, dans la vieille Europe ne s’en est réjoui, sauf quelques niais. Les autres se sont dit « Qu’est-ce que l’on va devenir ? C’est foutu ! ». Et effectivement, c’est foutu. Il n’y a même pas besoin de créer un mouvement « anticapitaliste » (de quel capitalisme s’agit-il, d’ailleurs, d’Etat ? Libéral ? Industriel ? Economique ? Financier ?). Eh bien, comme tout le monde, à l’Ouest sait (ou plutôt sent) que c’est fichu, tout le monde cherche frénétiquement à s’en mettre plein les poches. J’allais dire : « C’est normal, puisque le bateau coule ». Encore un autre exemple, plus proche de nous : l’antagonisme des Facs de lettres et des Facs de sciences. Les Facs de lettres sont en train de mourir. Eh bien, les Facs de sciences vont mourir en même temps, puisque c’est leur antagonisme (hérité de la Renaissance au XVIème siècle) qui les faisait toutes les deux « tenir » ! Je pourrais multiplier les exemples à l’infini, du niveau le plus macroscopique au niveau le plus microscopique. Il y avait, dans notre civilisation, un bon vieil antagonisme entre l’homme et la femme. Eh bien il n’y en a plus. Tout fout le camp ! Mais c’est cela qui est passionnant ! A tous les niveaux, nous sommes obligés d’inventer un nouveau monde, si nous voulons survivre. Et quand je dis « nous », je ne pense pas qu’à l’Occident, mais à l’humanité en tant qu’espèce !

On cherche à nous effrayer avec tout un tas de bricoles comme la fonte des glaces, le réchauffement climatique, la bombe atomique, etc. Pour ma part, je ne pense pas que l’espèce humaine, si elle doit périr (ce qui est hautement probable), périra de sa cupidité, de son économisme ou de sa technique, mais tout simplement parce qu’elle risque, un jour, de renoncer à « faire l’homme ». Je le dis souvent : « Rien n’est jamais acquis à l’homme, pas même son humanité ! ». Mais si nous perdons notre humanité, nous nous perdons en tant qu’espèce, en raison de cette néoténie qui fait que nous sommes des animaux qui ne peuvent pas survivre en milieu naturel. Je ne vous apprends rien là de bien nouveau. Nous savons tous, depuis le début du XXème siècle que nous sommes des animaux néoténiques, c’est-à-dire capables de se reproduire à l’état larvaire. Du point de vue de l’évolution, nous sommes des larves - et voilà ce que Lamarck (ni, a fortiori, son traducteur anglais, Darwin), ne dit jamais. Du point de vue de l’évolution, nous représentons une rupture, un raté, et donc chacun de nous a la responsabilité de l’espèce tout entière. Vous voyez l’enjeu formidable d’une authentique anthropologie ! Cela dit, pour nous restreindre à l’Occident, je ne crois pas du tout non plus à son « déclin », pour parler comme Spengler, mais bien plutôt à son nouvel essor. Et même, en Occident je crois que la France peut jouer, dans cet essor, un rôle considérable. Le monde attend de nous un signe.

Cependant, peut-on dire que l’humain résistera toujours dans l’homme ? A vrai dire, à long terme, nul ne le sait.  Ce que l’on appelle la « mort des civilisations », dans le passé, inclinerait à répondre par l’affirmative (après chaque « mort », il y eu résurrection !), mais ce que l’on sait de l’évolution inviterait plutôt à répondre par la négative. Disons que l’homme est toujours « en sursis », et que, de ce point de vue, il est complètement stupide de parler de « Progrès ». Si j’ai rappelé Lamarck, c’est que l’on ne comprend rien à ce que l’on appellera, à la fin de XIXème siècle, le « transformisme », ou encore l’ « évolutionnisme » si l’on ne replace pas ces concepts dans le contexte de notre « Siècle des lumières », où l’on parlait d’ « Histoire naturelle » (voyez Buffon), Histoire que l’on ne pouvait concevoir que comme un continuum qui menait bien entendu au sommet de l’évolution, à savoir Le Français du XVIIIème siècle ! C’est là un des travers des Historiens : ils cherchent sans arrêt, encore aujourd’hui, à « gommer » les ruptures. Or, ce qui est intéressant, anthropologiquement, ce n’est pas tant la continuité, mais les solutions de continuité, et c’est bien une solution de continuité qui inaugure l’homme, c’est-à-dire l’existence d’un animal parfaitement inadapté à son milieu, une «chimère », en quelque sorte, pour parler comme Pascal. Eh bien c’est cette « chimère » qu’il nous faut désormais prendre en compte… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre [1].

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