août 11

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Voilà un sujet qui me paraît tout à fait d’actualité, en France du moins, d’abord parce que nous sommes en pleine période de rentrée scolaire et universitaire, et, d’autre part, parce que nous assistons à l’effondrement de la totalité de notre système éducatif (de la maternelle à l’université). Né, comme vous le savez avec Jules Ferry, il est, aujourd’hui, raide comme un cadavre.

Je ne crois, donc, pas inutile de vous en proposer, aujourd’hui, l’autopsie, comme je vous ai, il y a dix ans, proposé l’autopsie de la République. Comme vous le voyez, tout se tient ! Eh bien l’Education nationale, c’est fini. Mais comme on ne veut pas encore tout à fait le reconnaître, on multiplie les alibis (voyez les syndicats) : « Manque de postes ! », « manque de crédits ! », « manque de profs ! », etc. Mais ces alibis ne trompent plus personne. Il s’agit, non plus, là encore, de rafistoler un bâtiment qui ne tient plus ni à coin ni à cheville, tout simplement parce que notre Education nationale est totalement inadaptée à notre temps.

Je parlerai du système éducatif français, bien sûr, parce que c’est celui que je connais le mieux (de la classe maternelle à la préparation aux concours de recrutement des professeurs). Ce que je vais vous dire concerne beaucoup moins d’autres pays comme le Royaume uni, où j’ai eu l’honneur d’enseigner un temps (à la « London School of Economics »), pays qui, grâce à Oxford et Cambridge, moissonne, comme tout le monde sait, les prix Nobel. Mais combien avons-nous, en France, de Gilles Degenne, c’est-à-dire de gens qui, comme lui, ont eu la chance d’éviter la scolarisation à la française ?

Cela dit, nous souffrons à peu près tous, en Occident d’une formidable prégnance du logos, prégnance qui est totalement injustifiée. S’il nous faut « faire l’homme », pourquoi tant privilégier l’abstraction verbale, au détriment de l’abstraction technique, de l’abstraction sociale, et de l’abstraction éthique ? En raison d’une tradition qui nous vient de très loin : les philosophes grecs, déjà, avaient privilégié le logos. Mais le christianisme aussi, bien que le christianisme vienne des Sémites. Car les Juifs, par le fait qu’ils se sont répandus dans le monde méditerranéen, ont vu évoluer leur conception de ce qu’ils appellent le Dabhar, c’est-à-dire la « Parole efficace », la « Parole utile ». Cette Parole-là n’avait rien de cet intellectualisme foncier du logos grec. Il n’empêche que la pensée judéo-chrétienne, passant par la diaspora dans le monde grec, a épousé la perspective sémantique du logos : « Au début était le Verbe (Logos) », commence l’apôtre Jean s’adressant… aux Grecs, bien entendu ! C’était de l’excellente stratégie pour attirer la clientèle du coin. Autrement dit, qu’il s’agisse de l’hellénisme ou du christianisme, les deux ont été complices pour privilégier le logos, d’où l’importance prise par celui qui dit, celui qui détient le pouvoir des mots, celui qui sait (le théologien et le prof, traditionnlement, chez nous).

Vous voyez, dans ces conditions, que je ne peux pas, j’allais dire malgré que j’en aie, ne pas vous parler de ce que l’on appelle la formation intellectuelle, et je dirai, à ce sujet que nous sommes passés, depuis un demi-siècle, de la connerie (mot qui se trouve dans la neuvième édition du dictionnaire de l’Académie française), à la bêtise pure et simple. Je distinguerai soigneusement ces deux concepts : j’emploie le mot de connerie pour désigner la pathologie culturelle qui est le fait des professeurs sans méthode. Le mot de bêtise me servira, pour désigner l’inculture (c’est la jachère, même si le terrain est bon). La connerie, elle, est toute différente : ce n’est pas l’inculture, c’est une culture ratée, résultant de malheureuses manipulations non pas génétiques, mais didactiques.

Je m’étonne qu’aucun comité d’éthique ne se soit pas encore penché sur le cas de ces manipulations-là, qui me paraissent, personnellement, autrement plus funestes, dans leurs résultats, que les premières. Pourquoi, à tout le moins, la scolarisation comme manipulation didactique est-elle une idée qui ne vient jamais ni à l’esprit de nos différents ministres de l’Education nationale ni à celui de l’opinion ? On peut s’en étonner  d’autant plus que l’on ne se prive plus, depuis longtemps déjà, de critiquer, non sans raison, médecins, psychothérapeutes ou autres psychanalystes, constatant que les soins qu’ils apportent aux diverses maladies auxquelles ils ont affaire font souvent plus de mal que de bien - quand ils ne provoquent pas tout bonnement chez le patient l’émergence de nouvelles maladies dites « iatrogènes », parce qu’elles sont le fait du seul thérapeute. Or la pathologie culturelle  ne devrait pas, me semble-t-il, ignorer non plus ces redoutables troubles « didactogènes » que nous nous cachons à nous-mêmes, et qui offriraient, par ailleurs, aux chercheurs un champ d’étude véritablement immense ! Eh bien,  c’est précisément, dans le champ de ce vaste domaine que je souhaiterais vous introduire, en vous parlant de cette forme de connerie particulière que l’on appelle le conformisme intellectuel.

Ce conformisme est celui qu’incarnent ceux que l’on appelle encore, dans les quelques Lycées à tradition qui survivent, les « bons élèves », c’est-à-dire, au fond, les êtres condamnés à l’immaturité intellectuelle à vie. On les diagnostique d’autant moins qu’il existe à leur égard, en raison du fonctionnement même de notre institution scolaire (au sens le plus large recoupant, désormais, le secondaire et le supérieur), une sorte de connivence sinon d’encouragement didactique. Autrement dit, l’école est complice de ces cas par le privilège qu’elle leur accorde en les entretenant et en les primant, tout en se moquant éperdument de ce qui se passera pour eux au-delà d’elle, de leur avenir qu’elle est censée préparer. Pourquoi ? Tout simplement parce que, la plupart du temps, l’école se condamne à déterminer statistiquement, en termes de « niveaux », de « retard » et d’ « avance », de simples rythmes d’apprentissage, et non pas de capacité d’acquisition. Dans le meilleur des cas l’élève  qui se trouve coïncider avec le modèle statistique qu’on veut lui imposer est automatiquement jugé « bon », alors que l’on ne peut pas savoir, à terme, s’il est formé, autrement dit s’il est capable de dépasser le modèle qu’on lui impose pour s’en donner un lui-même, c’est-à-dire qu’on ne peut jamais, dans la perspective scolaire distinguer le conformisme de la formation, sur la base du franchissement, ou non, d’une limite confondue avec l’idéal scolaire du moi. Dans la mesure où cette limite devient l’idéal, ceux qui l’atteignent  sont réputés les meilleurs : mais sont-ils capables de la dépasser ? Et qui peut, dans l’institution, juger de la capacité de dépassement ? Pas grand monde, souvent, si bien que l’on conçoit fort bien qu’il y ait un nombre considérable d’enseignés (collégiens, lycéens et étudiants) qui réussissent dans la vie, alors qu’ils étaient  des cancres à l’école, et qu’il y a des « prix d’excellence » - comme on disait de mon temps -, qui restent toute leur vie des « fruits secs », c’est-à-dire, généralement, des « profs » !

C’est que notre enseignement, au fond, a toujours été, et reste encore, dans quelques établissements dits « d’excellence »,  auto-recruteur, c’est-à-dire que cet enseignement, baptisé « général » est, en réalité, de manière occulte, un enseignement bel et bien professionnel, mais un enseignement professionnel tout à fait particulier en ce qu’il ne prépare qu’à une seule profession : celle de  prof ! A propos de leurs élèves, le prof d’histoire se demande : « Est-ce que celui-ci fera un bon petit prof d’histoire ? », le prof d’anglais : « Est-ce que celui-là fera un bon petit prof d’anglais ? », etc. Vous voyez que le problème de notre Education nationale n’est pas du tout de « professionnaliser » l’enseignement, comme le veulent certains qui cherchent à créer des « filières » à tour de bras : les « prix d’excellence » joueront au prof jusqu’à la fin de leur vie! Et c’est justement parce que l’école ne sait faire que des profs qu’elle ne saurait, de fondation, préparer à aucun métier. La physique enseignée dans nos classes ne sert strictement à rien au physicien (demandez donc à des physiciens de métier). Un prof de physique n’est pas un physicien : il faut qu’il s’en rende compte, tout de même ! De même, un prof de français n’est pas un écrivain, etc. Mieux : les meilleurs profs de physique sont de médiocres physiciens, les meilleurs profs de français, de médiocres écrivains, etc. Inversement un grand physicien, fait souvent un piètre professeur de physique et un grand écrivain, un piètre prof de français. Pousser l’aveuglement à ce point, c’est déjà très grave !

Mais il y a plus grave encore : je veux parler du gavage des connaissances. Eh bien, ce gavage, c’est ce que l’on appelle l’érudition. Lorsque je faisais mes études, même dans le secondaire, on nous gavait, c’est-à-dire que, à moins de devenir un Pic de la Mirandole, on terminait à l’hôpital  psychiatrique.

Comment s’est opéré chez nous ce passage de la connerie à la bêtise humaine ? Grâce à l’avènement des pseudo « sciences de l’éducation » inspirées de la « psychologie cognitive » de Piaget. Or, ce qu’il faut donc récuser avec la plus extrême rigueur, c’est l’idée qu’il y a des « niveaux » dans l’apprentissage. En réalité toute prétendue « théorie de l’apprentissage » à l’école primaire passe par la dénonciation de l’idéologie sous-jacente aux concepts (philosophico-biologistes) de « croissance » et de « progrès ». Vous comprenez aisément, dans ces conditions, l’absurdité d’une prétendue « formation des maîtres » (d’école) qui consiste à bourrer le crâne des instituteurs stagiaires avec du Piaget. Piaget, en effet, n’a rien compris parce qu’il se situe dans une perspective évolutionniste. Donc, selon lui, la raison se développe ! Or, il faut admettre que la raison est ou n’est pas : elle ne se développe pas. Tout ce que l’on sait, aujourd’hui, contredit ce faussaire qui a carrément égaré tout le monde : ses écrits sont tout bonnement à mettre à la poubelle, tout simplement parce qu’il situe des degrés et des moments d’apparition successifs pour les modalités rationnelles dans l’histoire de l’individu, et, comme chacun sait, dans l’histoire de l’humanité, ce qui fait de lui une sorte d’Auguste Comte attardé ! (on se souvient de la fameuse « loi des trois états », mythique, métaphysique et scientifique)… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre.

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août 11

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Une culture qui n’aide pas à comprendre son époque est une culture totalement vaine. Autrement dit, nous avons besoin, aujourd’hui, d’une culture qui nous permette de formuler de nouvelles problématiques afin d’entrer dans un monde auquel nous confronte la mutation que nous sommes en train de vivre, et, quand je dis « mutation », je devrais dire en réalité, la nouvelle Renaissance. Car nous ne dégringolons pas, bien au contraire, mais nous entrons dans un autre univers, et le succès ira à ceux qui auront su discerner les signes du temps plutôt qu’aux nostalgiques (de moins en moins nombreux, il est vrai) qui ne cessent de pleurer sur le passé. Et c’est là tout l’enjeu de l’anthropologie. Nous n’avons plus besoin d’une sorte de vision plus ou moins transcendantale de l’Homme (l’humanisme), mais d’une compréhension scientifique de la manière dont l’homme, anthropologiquement, fonctionne.

Il s’agit donc d’être en état de poser, sur notre époque, un diagnostic, même si cela déplaît à certains. Car je sais bien que je déplais, tout simplement parce que je grossis les choses. Ce n’est pas du tout pour blesser, mais pour durcir les contours, afin de vous faire comprendre exactement ce qu’est la rigueur d’une pensée qui se veut scientifique. Nos intellos ont tous du génie, c’est une affaire entendue. Ma différence avec eux, c’est que je n’en ai pas, et c’est pourquoi il me faut de la rigueur. Et puis le temps passe (voilà dix ans que j’ai eu l’immodestie de  publier mon « Introduction à la théorie de la médiation »), et l’urgence des problèmes est de plus en plus pressante. Personne ne me dira le contraire. Voilà pourquoi je tirerai systématiquement, cette année encore, les conséquences de la théorie élaborée par Jean Gagnepain, et je les tirerai plus « mordicus » que jamais, et sans faire attention à ceux que cela pourrait gêner ou vexer.

Il s’agira, en rompant plus que jamais avec l’érudition, de traiter de l’actualité. « Ce sera l’équivalent de la presse », me direz-vous. Non. Si notre enseignement est foutu, le renseignement est quasi nul, pour la bonne raison que les enseignants comme les journalistes (en particulier les observateurs politiques) manquent complètement d’un modèle qui leur permettrait d’interpréter ce que de Gaulle appelait les « péripéties » de l’Histoire. Or, si nous voulons que ces péripéties prennent sens (et, encore une fois, qu’est-ce que c’est qu’une science qui n’essaye pas de donner sens aux choses de la vie ?), il nous faut un modèle (au sens quasi mathématique du terme), et c’est ce modèle qu’est la Théorie de la Médiation que j’appliquerai systématiquement. Il s’agit, au fond, d’un enseignement d’un type nouveau, qui ne sera pas du journalisme dans la mesure où il sera construit et que, à chaque fois, il se référera aux principes qui l’expliquent. Autrement dit, mon propos sera, bel et bien, de formuler, non pas toujours des solutions, mais tout au moins des problématiques plus correctes, qui donnent l’espoir de trouver des solutions un jour. Regardez, par exemple, la crise du Parti socialiste. On dit : « Ils n’ont pas de projet ». Effectivement, car pour avoir un projet, il faut un modèle de l’homme qui soit viable.

D’autre part, si l’on veut dire quelque chose, sinon de précis ou de définitif, du moins qui aille dans le « sens de l’Histoire », comme on dit, on doit exclure toute référence à une quelconque opinion. Si je vous demandais « Quelle est votre opinion sur le phosphore ? », vous n’en aurez pas. Sur l’eau, peut-être ; vous pouvez dire « Moi, j’aime mieux le soleil que la pluie ». Mais il n’empêche que l’eau, en elle-même, reste H20, et, sur ce point, il n’y a pas de doctrines, pas de conflits de théories. Au plus haut niveau de la physique, bien sûr, il y en a : trois ou quatre ! Mais cela s’arrête là. Et de même, physiologiquement, la varicelle, c’est la varicelle. Il n’y a pas à avoir d’états d’âme sur le sujet, c’est-à-dire de réactions à la chose. Eh bien, si nous n’avons pas à avoir d’opinion sur la varicelle ou le phosphore, pourquoi voulez-vous qu’on en ait systématiquement sur l’homme ? Et quand on parle de politique, c’est toujours une affaire d’opinions, opinions fondées sur des sondages. Les sondages, certes, ne sont pas bêtes, mais on peut faire un sondage sur strictement n’importe quoi. On vous dit « Pensez-vous que l’amour fait le bonheur ? ». Mais qu’est-ce que l’amour ? Et qu’est-ce que le bonheur !? Si on veut faire véritablement la Science de l’homme, il faut en prendre son parti : il convient de renoncer d’avance à l’opinion (même s’il est, parfois, très difficile de n’en pas avoir).

Voilà pourquoi il est inutile de vous poser, à mon sujet, la question : « Quelles sont ses opinions ? ». Dans ma vie, j’ai eu droit à toutes les étiquettes : fasciste, libertaire, maoïste, « de droite », « de gauche », etc. Rien de tout cela ! Et c’est pourquoi je peux, par exemple, vous parler librement de la « crise » actuelle du P.S. Ce n’est pas du tout la crise du P.S., mais une crise générale des partis. Avant, c’était commode : il y avait « la droite » et « la gauche », et c’est cet antagonisme qui les faisait « tenir » ensemble. Maintenant qu’il n’y a plus de droite, comment voulez-vous qu’il y ait une gauche ? Et réciproquement, comme il n’y a plus de gauche, il n’y a plus de droite ! « Comment, me direz-vous, et l’U.M.P ? ». Elle n’est pas plus à droite que les autres sont à gauche. Tout cela c’est fini. Si l’un des deux pôles de l’antagonisme disparaît, l’autre disparaît du même coup. Mais c’est constant ! Qu’est-ce qui faisait « tenir », à l’Ouest, le « capitalisme libéral », sinon, à l’Est, le « capitalisme d’Etat » ? Or, pensez à la chute du mur de Berlin. J’ai vécu cela. Personne, dans la vieille Europe ne s’en est réjoui, sauf quelques niais. Les autres se sont dit « Qu’est-ce que l’on va devenir ? C’est foutu ! ». Et effectivement, c’est foutu. Il n’y a même pas besoin de créer un mouvement « anticapitaliste » (de quel capitalisme s’agit-il, d’ailleurs, d’Etat ? Libéral ? Industriel ? Economique ? Financier ?). Eh bien, comme tout le monde, à l’Ouest sait (ou plutôt sent) que c’est fichu, tout le monde cherche frénétiquement à s’en mettre plein les poches. J’allais dire : « C’est normal, puisque le bateau coule ». Encore un autre exemple, plus proche de nous : l’antagonisme des Facs de lettres et des Facs de sciences. Les Facs de lettres sont en train de mourir. Eh bien, les Facs de sciences vont mourir en même temps, puisque c’est leur antagonisme (hérité de la Renaissance au XVIème siècle) qui les faisait toutes les deux « tenir » ! Je pourrais multiplier les exemples à l’infini, du niveau le plus macroscopique au niveau le plus microscopique. Il y avait, dans notre civilisation, un bon vieil antagonisme entre l’homme et la femme. Eh bien il n’y en a plus. Tout fout le camp ! Mais c’est cela qui est passionnant ! A tous les niveaux, nous sommes obligés d’inventer un nouveau monde, si nous voulons survivre. Et quand je dis « nous », je ne pense pas qu’à l’Occident, mais à l’humanité en tant qu’espèce !

On cherche à nous effrayer avec tout un tas de bricoles comme la fonte des glaces, le réchauffement climatique, la bombe atomique, etc. Pour ma part, je ne pense pas que l’espèce humaine, si elle doit périr (ce qui est hautement probable), périra de sa cupidité, de son économisme ou de sa technique, mais tout simplement parce qu’elle risque, un jour, de renoncer à « faire l’homme ». Je le dis souvent : « Rien n’est jamais acquis à l’homme, pas même son humanité ! ». Mais si nous perdons notre humanité, nous nous perdons en tant qu’espèce, en raison de cette néoténie qui fait que nous sommes des animaux qui ne peuvent pas survivre en milieu naturel. Je ne vous apprends rien là de bien nouveau. Nous savons tous, depuis le début du XXème siècle que nous sommes des animaux néoténiques, c’est-à-dire capables de se reproduire à l’état larvaire. Du point de vue de l’évolution, nous sommes des larves - et voilà ce que Lamarck (ni, a fortiori, son traducteur anglais, Darwin), ne dit jamais. Du point de vue de l’évolution, nous représentons une rupture, un raté, et donc chacun de nous a la responsabilité de l’espèce tout entière. Vous voyez l’enjeu formidable d’une authentique anthropologie ! Cela dit, pour nous restreindre à l’Occident, je ne crois pas du tout non plus à son « déclin », pour parler comme Spengler, mais bien plutôt à son nouvel essor. Et même, en Occident je crois que la France peut jouer, dans cet essor, un rôle considérable. Le monde attend de nous un signe.

Cependant, peut-on dire que l’humain résistera toujours dans l’homme ? A vrai dire, à long terme, nul ne le sait.  Ce que l’on appelle la « mort des civilisations », dans le passé, inclinerait à répondre par l’affirmative (après chaque « mort », il y eu résurrection !), mais ce que l’on sait de l’évolution inviterait plutôt à répondre par la négative. Disons que l’homme est toujours « en sursis », et que, de ce point de vue, il est complètement stupide de parler de « Progrès ». Si j’ai rappelé Lamarck, c’est que l’on ne comprend rien à ce que l’on appellera, à la fin de XIXème siècle, le « transformisme », ou encore l’ « évolutionnisme » si l’on ne replace pas ces concepts dans le contexte de notre « Siècle des lumières », où l’on parlait d’ « Histoire naturelle » (voyez Buffon), Histoire que l’on ne pouvait concevoir que comme un continuum qui menait bien entendu au sommet de l’évolution, à savoir Le Français du XVIIIème siècle ! C’est là un des travers des Historiens : ils cherchent sans arrêt, encore aujourd’hui, à « gommer » les ruptures. Or, ce qui est intéressant, anthropologiquement, ce n’est pas tant la continuité, mais les solutions de continuité, et c’est bien une solution de continuité qui inaugure l’homme, c’est-à-dire l’existence d’un animal parfaitement inadapté à son milieu, une «chimère », en quelque sorte, pour parler comme Pascal. Eh bien c’est cette « chimère » qu’il nous faut désormais prendre en compte… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre.

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