août 11

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Vous connaissez sans doute ce que Victor Hugo fait dire à Jean Valjean dans « Les Misérables » : « Une école qu’on ouvre, c’est une prison qu’on ferme ». Eh bien, en dépit de nos nombreuses écoles, nos prisons débordent, preuve qu’il ne suffit pas de lire, chez Corneille :« Je suis maître de moi comme de l’univers », pour accéder à la maîtrise de soi ! Ce serait trop beau ! C’est que Victor Hugo confondait « prof » et « moniteur ». Et dans le domaine qui nous occupera aujourd’hui, vous comprenez toute l’importance de ce monitorat dans le domaine, non plus de la formation du citoyen (plan de la rationalité sociale), mais dans le domaine de ce que l’on appelle la morale, c’est-à-dire de la maîtrise de soi fondatrice de la liberté.

Il  est certain que c’est une grande difficulté, pour l’éducateur, que d’avoir à faire respecter les règles, tout en laissant à l’enfant un espace suffisant pour l’apprentissage de sa liberté. Tâche très ardue, en vérité, mais qui s’en soucie dans notre système éducatif ? Personne. Il n’existe pas, dans notre société républicaine qui brame à tout vent « Liberté ! Liberté ! », d’école de la liberté. Il serait peut-être grand temps de saisir le problème à bras-le-corps, d’autant que nous vivons dans une société où le laxisme est sensible à tous les niveaux. On ne peut, en conséquence séparer le problème de l’autorité au niveau de l’école du problème de l’autorité au niveau de la famille (je laisse de côté, ici le du problème de l’autorité au niveau du gouvernement : nous l’examinerons la prochaine fois)).

La famille, au fond, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, qu’elle soit ancien modèle ou nouveau modèle, quelle que soit la manière dont elle est définie dans telle ou telle société, est véritablement  le lieu privilégié de l’exercice de l’autorité. Eh bien ! Dans notre société, la crise de l’autorité va de pair avec la destruction de la famille. Voyez les antagonismes de l’homme et de la femme, les divorces, le concubinage, des familles monoparentales, etc. Mais le gosse ne peut accéder à la liberté que dans un cadre qui le contraint (le meilleur éducateur est celui qui contraint le petit à s’opposer à lui-même). Or, actuellement, le cadre ne contraint plus. Combien de familles sont permissives ? Autrefois, à tort ou à raison, peu importe, on recevait une calotte dès qu’on disait « J’ai envie de… » (Maintenant c’est bien terminé !).  C’est dire qu’il y avait un cadre ; aujourd’hui, ce cadre n’existe plus. Or, vous rendez bien compte que cette destruction de la famille, a des conséquences épouvantables : il n’y a plus de distinction des rôles. Autrement dit, s’il n’y a plus cette organisation sociale que suppose, par exemple le principe (sociologique) de l’inceste, il n’y a plus que des mâles et des femelles ! On met les pédophiles en taule, mais ce qu’il faudrait mettre en taule, c’est une société qui rend possible l’existence de la pédophilie. Il n’y a plus de frontières, il n’y a plus de limites, il n’y a plus de règles du jeu. Voilà où nous en sommes. Il ne s’agit pas de dire : « Dans le temps, c’était mieux ! » Pensez donc ! Mais il y avait des règles. N’importe quelles règles, d’une certaine manière, valent mieux que l’absence totale de règles.

En réalité, ce qui est grave, ce n’est pas la « délinquance des jeunes », c’est la délinquance parentale. Si ce qui a craqué ce sont les règles, si ce qui a craqué, c’est non seulement le social, c’est-à-dire les lois qui président à l’organisation du groupe, mais encore les règles de la morale, tout s’effondre, et si tout s’effondre, c’est parce que les adultes ont tout raté, quelles que soient leurs motivations. Souvent ils ne veulent pas faire souffrir leurs petits, ils ne veulent pas les empêcher d’être « heureux » comme les autres. Sans me joindre au chœur des laudatores temporis acti, autrement dit des « réacs », je peux vous assurer que lorsque j’étais enfant, nous étions tous sur le même pied : personne ne pouvait dire si ses parents avaient de l’argent ou pas, si bien qu’entre les gamins, il n’y avait pas de jalousie. Nous ne savions même pas ce qu’était la galette : nous nous en moquions complètement. Autrement dit on ne se comparaît pas les uns aux autres de cette manière là. Et puis nous n’avions aucune exigence : nous attendions les échéances. A Noël, quand on voit actuellement les gens, croyants ou pas croyants, qui se ruinent en cadeaux pour leurs enfants ! Or la gâterie des enfants, voilà qui a tout détruit. Et de qui est-ce venu ? Des adultes qui avaient, par enfants interposés, honte de voir que leur enfant n’était pas au « niveau socio-économique » de l’enfant de l’autre. A ce moment-là, c’est bien l’adulte fragilisé qui fait l’adolescent délinquant. Je ne veux pas dire du tout qu’il n’y a pas de « canailles » dans la jeunesse. Mais si véritablement notre âge a la responsabilité de fabriquer cette jeunesse, eh bien, nous avons non seulement l’école que nous méritons, mais encore la jeunesse que nous méritons (nous nous la sommes fabriquée), si bien que, le plus souvent, ce ne sont pas « les jeunes » qui sont vicieux, c’est nous qui ne sommes bons à rien. Nous avons été, non pas trop tolérants, mais nous avons voulu être aimés de nos enfants. Mais soyez certains qu’ils ne nous aiment pas davantage ! Ils nous aimeraient peut-être, même mieux, si nous les avions rendus capables de se dominer eux-mêmes.

Dans ces conditions, ce qu’il faudrait généraliser, c’est l’Ecole des parents, mais qui soit une Ecole de l’autorité (à ce compte, il faudrait beaucoup plus une véritable Ecole des parents qu’une école des enfants). Il faut que les parents apprennent à contraindre leurs enfants, par le jeu du licite et de l’illicite, à développer en eux leur capacité d’autocensure. Autrement dit il ne s’agit pas de faire suivre à son enfant des cours de morale, mais il s’agit de le contraindre à s’éduquer moralement. Comment ? En lui donnant le sens de l’interdit : il y a des comportements inacceptables (peu importe lesquels). Or aujourd’hui, n’importe quel gosse a l’impression, du moment que c’est licite, c’est légitime. Mais vous savez bien qu’il y a des méfaits que la loi ne condamne pas et qui ne sont absolument pas légitimes du point de vue du contrôle de soi. Tant que l’on n’aura pas intégré cette vérité dans l’éducation des enfants, on ne fera pas de l’homme. A l’enfant, on apprendra peut-être à parler d’une manière (plus ou moins) distinguée, à travailler (peut-être) comme un chef, mais - bon sang de bonsoir ! - il faut être capable de se travailler soi-même et de se tenir en mains, tout simplement parce qu’être homme, c’est d’abord être libre à l’égard de soi-même. Autrement dit dans l’institution et la formation quelles qu’elles soient, ce qui serait le plus important, ce n’est pas telle ou telle matière, c’est la discipline. L’enfant peut bien tout ignorer du reste, ce qu’il faut lui faire acquérir, pour pouvoir devenir un homme libre, c’est la discipline, qu’elle soit fondée ou pas. Qu’on lui dise « Lèche le plafond, même si tu ne peux pas ! » ou n’importe quoi, il s’agit, à ce moment là de le contraindre à une discipline dont il sente la gratuité (la même gratuité qui caractérise l’exploit sportif). Dès qu’il sera adulte, il en rira avec vous et, s’il n’est pas complètement stupide, il vous sera reconnaissant d’avoir voulu le contraindre, mais comme un kinésithérapeute vous contraint, pour votre bien, à faire des mouvements complètement idiots. Voilà quelle devrait être la préoccupation numéro un des parents.

Il faut donc réinventer la morale, et d’autant plus que les problèmes auxquels nous sommes confrontés et auxquels personne ne sait répondre, ce ne sont plus des problèmes économiques ni politiques, ce sont, comme on dit des « problèmes de société » - problèmes qui  sont, la plupart du temps, ceux d’une nouvelle morale : la drogue, l’eugénisme, l’euthanasie, le clonage, l’environnement, etc. Qu’est-ce, à ce titre, que l’écologie,  sinon le déplacement au plan sociologique - ou scientifique - de problèmes moraux ? On va jusqu’à parler du « droit des animaux », ce qui est, pour le moins, une expression complètement farfelue, car rien n’indique, jusqu’à preuve du contraire, que l’animal puisse devenir « sujet de droit » (ou alors, comme le disait déjà Tocqueville, il conviendrait de lui accorder aussi le droit de vote !). Or, il va falloir tout de même prendre en compte ces formulations ridicules, car elles sont le signe que, dans une période comme la nôtre où on l’a complètement occultée, la morale réapparaît sous la forme d’un « retour de refoulé ». Nous n’y couperons pas : ou bien nous réinventerons la morale, ou bien le pouvoir retournera aux mains des curés, comme nous voyons déjà dans certains pays comme l’Iran, l’Afghanistan, etc.

Cela dit, il ne s’agit pas de revenir à l’autoritarisme d’antan : l’éducation à la liberté, est impossible si l’on confond la vertu avec l’ordre et la discipline. On parlait hier de la « vertu de l’ordre », et de la « vertu de la discipline ». Dans ces conditions, moralement, que faisait-on ? Eh bien ! Les éducateurs avaient tendance à pratiquer le dressage, tout simplement parce qu’ils voulaient la paix : ils ne cherchaient pas à former chez l’autre la capacité de se contrôler soi-même, de se dominer, mais ils se faisaient ses  dominateurs et ils le dressaient. La stabilité paraissait alors comme le fin du fin de la moralité : dans la mesure où l’ordre était réalisé, les enfants étaient « sages » - « sages comme des images » ! -, c’est-à-dire qu’ils ne venaient plus enfreindre la discipline… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre.

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août 11

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Voilà un sujet qui me paraît tout à fait d’actualité, en France du moins, d’abord parce que nous sommes en pleine période de rentrée scolaire et universitaire, et, d’autre part, parce que nous assistons à l’effondrement de la totalité de notre système éducatif (de la maternelle à l’université). Né, comme vous le savez avec Jules Ferry, il est, aujourd’hui, raide comme un cadavre.

Je ne crois, donc, pas inutile de vous en proposer, aujourd’hui, l’autopsie, comme je vous ai, il y a dix ans, proposé l’autopsie de la République. Comme vous le voyez, tout se tient ! Eh bien l’Education nationale, c’est fini. Mais comme on ne veut pas encore tout à fait le reconnaître, on multiplie les alibis (voyez les syndicats) : « Manque de postes ! », « manque de crédits ! », « manque de profs ! », etc. Mais ces alibis ne trompent plus personne. Il s’agit, non plus, là encore, de rafistoler un bâtiment qui ne tient plus ni à coin ni à cheville, tout simplement parce que notre Education nationale est totalement inadaptée à notre temps.

Je parlerai du système éducatif français, bien sûr, parce que c’est celui que je connais le mieux (de la classe maternelle à la préparation aux concours de recrutement des professeurs). Ce que je vais vous dire concerne beaucoup moins d’autres pays comme le Royaume uni, où j’ai eu l’honneur d’enseigner un temps (à la « London School of Economics »), pays qui, grâce à Oxford et Cambridge, moissonne, comme tout le monde sait, les prix Nobel. Mais combien avons-nous, en France, de Gilles Degenne, c’est-à-dire de gens qui, comme lui, ont eu la chance d’éviter la scolarisation à la française ?

Cela dit, nous souffrons à peu près tous, en Occident d’une formidable prégnance du logos, prégnance qui est totalement injustifiée. S’il nous faut « faire l’homme », pourquoi tant privilégier l’abstraction verbale, au détriment de l’abstraction technique, de l’abstraction sociale, et de l’abstraction éthique ? En raison d’une tradition qui nous vient de très loin : les philosophes grecs, déjà, avaient privilégié le logos. Mais le christianisme aussi, bien que le christianisme vienne des Sémites. Car les Juifs, par le fait qu’ils se sont répandus dans le monde méditerranéen, ont vu évoluer leur conception de ce qu’ils appellent le Dabhar, c’est-à-dire la « Parole efficace », la « Parole utile ». Cette Parole-là n’avait rien de cet intellectualisme foncier du logos grec. Il n’empêche que la pensée judéo-chrétienne, passant par la diaspora dans le monde grec, a épousé la perspective sémantique du logos : « Au début était le Verbe (Logos) », commence l’apôtre Jean s’adressant… aux Grecs, bien entendu ! C’était de l’excellente stratégie pour attirer la clientèle du coin. Autrement dit, qu’il s’agisse de l’hellénisme ou du christianisme, les deux ont été complices pour privilégier le logos, d’où l’importance prise par celui qui dit, celui qui détient le pouvoir des mots, celui qui sait (le théologien et le prof, traditionnlement, chez nous).

Vous voyez, dans ces conditions, que je ne peux pas, j’allais dire malgré que j’en aie, ne pas vous parler de ce que l’on appelle la formation intellectuelle, et je dirai, à ce sujet que nous sommes passés, depuis un demi-siècle, de la connerie (mot qui se trouve dans la neuvième édition du dictionnaire de l’Académie française), à la bêtise pure et simple. Je distinguerai soigneusement ces deux concepts : j’emploie le mot de connerie pour désigner la pathologie culturelle qui est le fait des professeurs sans méthode. Le mot de bêtise me servira, pour désigner l’inculture (c’est la jachère, même si le terrain est bon). La connerie, elle, est toute différente : ce n’est pas l’inculture, c’est une culture ratée, résultant de malheureuses manipulations non pas génétiques, mais didactiques.

Je m’étonne qu’aucun comité d’éthique ne se soit pas encore penché sur le cas de ces manipulations-là, qui me paraissent, personnellement, autrement plus funestes, dans leurs résultats, que les premières. Pourquoi, à tout le moins, la scolarisation comme manipulation didactique est-elle une idée qui ne vient jamais ni à l’esprit de nos différents ministres de l’Education nationale ni à celui de l’opinion ? On peut s’en étonner  d’autant plus que l’on ne se prive plus, depuis longtemps déjà, de critiquer, non sans raison, médecins, psychothérapeutes ou autres psychanalystes, constatant que les soins qu’ils apportent aux diverses maladies auxquelles ils ont affaire font souvent plus de mal que de bien - quand ils ne provoquent pas tout bonnement chez le patient l’émergence de nouvelles maladies dites « iatrogènes », parce qu’elles sont le fait du seul thérapeute. Or la pathologie culturelle  ne devrait pas, me semble-t-il, ignorer non plus ces redoutables troubles « didactogènes » que nous nous cachons à nous-mêmes, et qui offriraient, par ailleurs, aux chercheurs un champ d’étude véritablement immense ! Eh bien,  c’est précisément, dans le champ de ce vaste domaine que je souhaiterais vous introduire, en vous parlant de cette forme de connerie particulière que l’on appelle le conformisme intellectuel.

Ce conformisme est celui qu’incarnent ceux que l’on appelle encore, dans les quelques Lycées à tradition qui survivent, les « bons élèves », c’est-à-dire, au fond, les êtres condamnés à l’immaturité intellectuelle à vie. On les diagnostique d’autant moins qu’il existe à leur égard, en raison du fonctionnement même de notre institution scolaire (au sens le plus large recoupant, désormais, le secondaire et le supérieur), une sorte de connivence sinon d’encouragement didactique. Autrement dit, l’école est complice de ces cas par le privilège qu’elle leur accorde en les entretenant et en les primant, tout en se moquant éperdument de ce qui se passera pour eux au-delà d’elle, de leur avenir qu’elle est censée préparer. Pourquoi ? Tout simplement parce que, la plupart du temps, l’école se condamne à déterminer statistiquement, en termes de « niveaux », de « retard » et d’ « avance », de simples rythmes d’apprentissage, et non pas de capacité d’acquisition. Dans le meilleur des cas l’élève  qui se trouve coïncider avec le modèle statistique qu’on veut lui imposer est automatiquement jugé « bon », alors que l’on ne peut pas savoir, à terme, s’il est formé, autrement dit s’il est capable de dépasser le modèle qu’on lui impose pour s’en donner un lui-même, c’est-à-dire qu’on ne peut jamais, dans la perspective scolaire distinguer le conformisme de la formation, sur la base du franchissement, ou non, d’une limite confondue avec l’idéal scolaire du moi. Dans la mesure où cette limite devient l’idéal, ceux qui l’atteignent  sont réputés les meilleurs : mais sont-ils capables de la dépasser ? Et qui peut, dans l’institution, juger de la capacité de dépassement ? Pas grand monde, souvent, si bien que l’on conçoit fort bien qu’il y ait un nombre considérable d’enseignés (collégiens, lycéens et étudiants) qui réussissent dans la vie, alors qu’ils étaient  des cancres à l’école, et qu’il y a des « prix d’excellence » - comme on disait de mon temps -, qui restent toute leur vie des « fruits secs », c’est-à-dire, généralement, des « profs » !

C’est que notre enseignement, au fond, a toujours été, et reste encore, dans quelques établissements dits « d’excellence »,  auto-recruteur, c’est-à-dire que cet enseignement, baptisé « général » est, en réalité, de manière occulte, un enseignement bel et bien professionnel, mais un enseignement professionnel tout à fait particulier en ce qu’il ne prépare qu’à une seule profession : celle de  prof ! A propos de leurs élèves, le prof d’histoire se demande : « Est-ce que celui-ci fera un bon petit prof d’histoire ? », le prof d’anglais : « Est-ce que celui-là fera un bon petit prof d’anglais ? », etc. Vous voyez que le problème de notre Education nationale n’est pas du tout de « professionnaliser » l’enseignement, comme le veulent certains qui cherchent à créer des « filières » à tour de bras : les « prix d’excellence » joueront au prof jusqu’à la fin de leur vie! Et c’est justement parce que l’école ne sait faire que des profs qu’elle ne saurait, de fondation, préparer à aucun métier. La physique enseignée dans nos classes ne sert strictement à rien au physicien (demandez donc à des physiciens de métier). Un prof de physique n’est pas un physicien : il faut qu’il s’en rende compte, tout de même ! De même, un prof de français n’est pas un écrivain, etc. Mieux : les meilleurs profs de physique sont de médiocres physiciens, les meilleurs profs de français, de médiocres écrivains, etc. Inversement un grand physicien, fait souvent un piètre professeur de physique et un grand écrivain, un piètre prof de français. Pousser l’aveuglement à ce point, c’est déjà très grave !

Mais il y a plus grave encore : je veux parler du gavage des connaissances. Eh bien, ce gavage, c’est ce que l’on appelle l’érudition. Lorsque je faisais mes études, même dans le secondaire, on nous gavait, c’est-à-dire que, à moins de devenir un Pic de la Mirandole, on terminait à l’hôpital  psychiatrique.

Comment s’est opéré chez nous ce passage de la connerie à la bêtise humaine ? Grâce à l’avènement des pseudo « sciences de l’éducation » inspirées de la « psychologie cognitive » de Piaget. Or, ce qu’il faut donc récuser avec la plus extrême rigueur, c’est l’idée qu’il y a des « niveaux » dans l’apprentissage. En réalité toute prétendue « théorie de l’apprentissage » à l’école primaire passe par la dénonciation de l’idéologie sous-jacente aux concepts (philosophico-biologistes) de « croissance » et de « progrès ». Vous comprenez aisément, dans ces conditions, l’absurdité d’une prétendue « formation des maîtres » (d’école) qui consiste à bourrer le crâne des instituteurs stagiaires avec du Piaget. Piaget, en effet, n’a rien compris parce qu’il se situe dans une perspective évolutionniste. Donc, selon lui, la raison se développe ! Or, il faut admettre que la raison est ou n’est pas : elle ne se développe pas. Tout ce que l’on sait, aujourd’hui, contredit ce faussaire qui a carrément égaré tout le monde : ses écrits sont tout bonnement à mettre à la poubelle, tout simplement parce qu’il situe des degrés et des moments d’apparition successifs pour les modalités rationnelles dans l’histoire de l’individu, et, comme chacun sait, dans l’histoire de l’humanité, ce qui fait de lui une sorte d’Auguste Comte attardé ! (on se souvient de la fameuse « loi des trois états », mythique, métaphysique et scientifique)… Pour lire la suite de cette causerie, commander le livre.

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